Qui
a peur de la paix civile et de l'État de droit?
par Abd
El Kader MERZOUGUI
Par habitude du grenouillage dans le marigot, auquel des analphabètes politiques ont réduit la vie publique en Algérie, la tendance est souvent à la banalisation des paroles et des écrits de mégalomanes et autres illuminés politiques.
C'est ainsi, qu’après avoir mystifié tout un peuple en falsifiant l’Histoire du mouvement national et de la lutte de libération, des minus habens se sont insidieusement imposés comme nos tuteurs dans tous les actes de la vie. A l’heure où l’Algérie tente de se réconcilier avec elle-même et de puiser ses ressources au plus profond de ses valeurs authentiques en désacralisant ce qui doit l’être, sans complexe aucun, la " machine mystificatrice" vient d’être réactivée.
Dans le contexte politique actuel, cette "montée au créneau" des chefs de groupuscules politiques et autres "voix de leurs maîtres", n'est nullement fortuite. Elle procède, manifestement, d’une volonté d’empêcher, par tous les moyens, une évolution de l’Algérie vers la paix et la sérénité de la société.
La paix civile et la construction d’un État de droit constituent, indéniablement, de véritables cauchemars pour les groupes d’intérêts politico-économiques, dont les affaires n’ont jamais été aussi florissantes que lors de la décennie en cours.
L’idée même d’une telle perspective leur est insupportable, car ils n’auront plus d’emprise sur la vie publique, ce qui signifie qu’ils ne seront plus en mesure de piller impunément les richesses de la collectivité nationale.
Dès lors, il n’y a rien de surprenant qu’ils lâchent leurs " porte-voix " avec l’objectif de discréditer toute action visant à ramener l’Algérie à une situation normale et à réaliser un projet de société d’envergure, fondé sur des principes démocratiques d’un État de droit.
Les méthodes utilisées demeurent toujours les mêmes : user et abuser de l’insinuation ( arme des lâches ), de la démonstration par l’anecdotique, de la propagation des rumeurs de toutes sortes, tendant à cultiver la désespérance des citoyens.
Ainsi, dans un pays où les conditions historiques de libération nationale ont fait que l’Institution militaire se soit érigée en "arbitre" de la scène politique, chacun y va de sa confidence sur la "position de l’Armée" par rapport à la vie publique.
Selon la conjoncture du moment, le jeu des " focs d’artimon " consiste soit à se faire, publiquement, l’écho d’un " désaccord de l’Armée " sur tel ou tel sujet ou à le chuchoter sous le sceau de la confidence, soit à dénoncer l'ingérence de cette même Institution dans la vie publique du pays.
Aussi, le point de vue personnel de l’Officier X, exprimé autour d’une tasse de thé ou susurré à dessein, est interprété par les "confidents de l’ombre " comme une prise de position de l’ensemble de l’Institution militaire et, ainsi va la manipulation de l'opinion publique nationale et internationale.
Est-il besoin de rappeler une simple évidence, à savoir que l'Institution militaire est à l'image de la société dans laquelle elle évolue et qu'ainsi, elle se trouve traversée, de la base au sommet, par les mêmes courants de pensées politiques. Et c'est bien là que se situe son "talon d'Achille". Aussi, lorsque les et les autres s'autorisent à exprimer, ici où là, la "position de l'armée", cela procède, incontestablement, d'une opération de mystification délibérée, dont le but est d'accentuer davantage le climat de suspicion, de créer des tensions artificielles dans la vie nationale.
La pratique de la manipulation, dans laquelle excellent les nervis de l’oligarchie politicomafieuse est à relier à d’autres méthodes utilisées à l’encontre des citoyens "politiquement incorrects" qui n'ont eu de cesse de dénoncer la dérive meurtrière.
En effet, à défaut de pouvoir les " instrumentaliser ", les stratèges de l’enfoncement de l’Algérie dans le cycle infernal de la violence, les ont mis au banc des accusés, en insinuant une complicité objective avec le terrorisme. Ce qui se lit et s’entend, aujourd'hui, autour de la personne et de l’action du chef de l’Etat procède de la même démarche. Il est à rapprocher, également, de la période où certains individus répandaient leur " diarrhée verbale " à travers les médias étrangers.
Péremptoires, ces minus habens politiques laissaient entendre à l’opinion publique occidentale qu’il n’y avait d’autre alternative à la situation de violence que connaît l’Algérie, que l’éradication des islamistes.
Poussant le cynisme à son paroxysme, d’aucuns insinuaient, alors, que le problème de l’Algérie est de nature linguistique, dans la mesure où, selon eux, il s’agit d’une confrontation entre démocrates (francophones) et autocrates (arabophones).
Mais l’opinion publique occidentale et ses Institutions ont fini par prendre conscience de la manipulation à laquelle se livraient odieusement ces " démocrates éclairés " et autres" intellectuels persécutés " qui, par ailleurs, poursuivent leurs dérives intellectuelles à partir des capitales occidentales.
La fin justifiant les moyens, les pays arabes ont eu, également, droit à ce genre de "messagers de l'apocalypse" affublés pour la circonstance du titre de: "Islamistes modérés", qui se faisaient passer pour les garants des valeurs arabo-musulmanes de l’Algérie et, par conséquent, les remparts contre la laïcisation du pays.
Les uns et les autres ont caricaturé, à dessein, la réalité de la situation en Algérie, de sorte à créer les conditions d’une déstabilisation permanente du pays. Tout en s’offusquant officiellement de l’ingérence étrangère dans les affaires de l’Algérie, ils n’ont pas cessé de la solliciter et de la susciter activement.
Dans le même registre, à l'occasion de l'élection présidentielle, tout a été fait pour discréditer, à priori, aussi bien la candidature de M.Abdelaziz Bouteflika, que l’organisation et les résultats du scrutin. L'objectif visé était d'empêcher le futur Chef de l'État d'échapper au contrôle des clans et autres groupes d'intérêts politiques et économique.
La même démarche a été adoptée lorsqu'il s'est agi d'impliquer les citoyens dans la conduite des affaires du pays, en organisant un référendum sur la concorde civile. Surpris dans son ronronnement, le "microcosme politique" qui a senti que sa "représentativité" usurpée était sérieusement menacée, n'a pas manqué de monter au créneau sur des thèmes visant à exacerber davantage la haine et la rancoeur qui minent gravement la société.
Dans la même optique, on déploie, aujourd'hui, le registre de l'utilisation de la langue nationale. Décidément, la perspective d’une fin de la violence meurtrière et de la construction d'un État de droit effraient un tel point que ceux qui la redoutent sont contraints au recours à n'importe quoi, pourvu que cela freine le processus.
Cependant, sauf événement grave, l’Algérie est sur le point de sortir la" tête de sous l’eau ", n’en déplaise à ses naufrageurs. L’Etat de droit se construira contre leur volonté et malgré les intrigues et les manoeuvres tendant à déstabiliser le Président de la République.
Aux "gardiens exclusifs des constantes nationales", le citoyen que je suis vous rappelle, du fond de son exil, qu’il y a des Algériens qui s’expriment en langue nationale, mais leur pensée est étrangère. D’autres citoyens utilisent une langue étrangère, mais ils pensent et agissent en Algériens.
Faut-il rappeler, par ailleurs, en cette veille d’anniversaire du déclenchement de la lutte de libération nationale, que la proclamation du 1er novembre 1954 avait été rédigée en langue française?
Aux fanatiques des "valeurs républicaines ", après 30 ans d'évolution dans l’une des démocraties dites "avancées", je vous rappelle que les concepts auxquels vous vous référez, notamment dans le domaine de la laïcité, sont des concepts hexagonaux, spécifiques à l’évolution historique de la France.
Alors de grâce, les uns et les autres, cessez de mimer des modèles et des concepts, dont les sociétés concernées n’en sont pas satisfaites. En conclusion, j’ai envie de vous crier à la face : rien de l'Occident, ni de l'Orient, tout de l’Algérie, rien que de l’Algérie et de toute l’Algérie.
Abd El Kader MERZOUGUI