Déclaration de l’Assemblée générale de l’UAFE

Tenue à Paris le 20 octobre 2001

 

 

 

40e anniversaire du 17 octobre 1961

Réunie à Paris le 20 octobre 2001, à l’occasion de la commémoration du 40e anniversaire des manifestations algériennes du 17 octobre 1961, l’Assemblée générale de l’Union des Algériens en France et en Europe (UAFE)  a tenu à rendre un hommage solennel aux martyrs, victimes de la répression sanglante qui s’est abbatue sur des manifestants pacifiques, et saluer la décision du Maire de Paris d’apposer au Pont Saint Michel une plaque commémorative à leur mémoire. Mais le cri de liberté, étouffé par le crime d’Etat du 17 octobre 1961, continuera à réclamer son dû : la reconnaissance par l’Etat français du crime contre l’humanité perpétré en son nom par les forces de répression de la préfecture de police.

 

L’Assemblée générale a ensuite débattu de la situation politique en Algérie, de la situation de la communauté algérienne résidente à l’étranger ainsi que de l’organisation du mouvement associatif.

 

La situation en Algérie

La communauté algérienne établie en France est marquée profondément par la grave crise qui frappe l’Algérie depuis plus d’une décennie. Tous les maux que l’on croyait avoir vaincus en nous libérant du colonialisme et en lançant un formidable mouvement de développement, propulsant l’Algérie comme l’une des nations phares du Tiers-Monde, ont ressurgi avec une telle violence qu’ils ont ébranlé l’unité du corps social au point de défigurer l’image de notre pays et le plonger dans une crise sans précédent.

 

Eprouvé par une décennie de violence terroriste, une fois de plus dans son histoire, le peuple algérien a fait face à cette tragédie en ne comptant que sur ses propres forces pour combattre le terrorisme et ses ramifications internationales, que l’Algérie a régulièrement dénoncées dans les tribunes et forums internationaux.

 

L’Algérie soutient d’ailleurs que le terrorisme n’a pas de frontières et que la barbarie qui vient de frapper les Etats-Unis d’Amérique est la même qui a frappé le peuple algérien, barbarie contre laquelle il se bat avec courage et patience depuis dix ans. A cet égard, l’UAFE partage totalement la position des autorités algériennes quant à la nécessité d’organiser, de façon résolue et impérative, une lutte internationale contre le terrorisme qui épargne les populations civiles et exhorte à agir avec discernement, en évitant de faire des amalgames porteurs de graves périls pour la stabilité internationale, entre la barbarie terroriste et l’Islam.

 

L’UAFE, sûre d’exprimer les sentiments profonds de la communauté algérienne établie en France, qui suit avec beaucoup de peine les tragiques événements survenus récemment dans certaines régions du pays, particulièrement en Kabylie, demande aux plus hautes autorités de l’Etat de satisfaire les revendications légitimes de la population pour réduire la fracture sociale et répondre aux aspirations de la jeunesse qui en constitue l’écrasante majorité.

 

L’Algérie possède les potentialités humaines et matérielles pour sortir par ses propres moyens d’une crise qui n’a que trop duré. Les événements actuels montrent clairement la détermination du peuple algérien à refuser la violence, la hogra et l’impunité. Il est urgent d’engager un vaste dialogue avec l’ensemble des forces politiques et sociales de la société pour mettre en œuvre une stratégie politique de sortie de crise qui emporte l’adhésion des Algériens. Pour ce faire, seules des élections incontestées permettront l’émergence d’hommes et de femmes, librement choisis, pour rétablir la confiance du peuple dans ses institutions, et le mobiliser à l’œuvre de redressement national et à l’établissement d’un véritable Etat de droit et de justice .

 

La communauté algérienne en France

Composée en majorité de la deuxième et de la troisième génération, notre communauté est installée durablement dans le pays d’accueil. Les jeunes issus de l’émigration ont besoin de repères identitaires, indispensables à une intégration harmonieuse au sein de la société française. L’Etat algérien se doit de développer plus largement une action culturelle à même de raffermir le lien qui les unit à notre pays.

 

C’est autour de l’Islam que se concentre tous les enjeux, particulièrement dans la conjoncture actuelle. Les pouvoirs publics français ont initié depuis quelques années la mise en place d’une structure représentative de l’Islam en France. Seule une organisation librement choisie et assumée par la communauté musulmane, qui tienne compte de l’importance de chacune de ses composantes, sera à même de répondre à ses besoins spirituels pour une pratique libre et sereine de sa foi et diffuser le message authentique de l’Islam, celui de la paix et de la tolérance dans le respect des principes républicains.

 

Il est urgent aujourd’hui que les autorités politiques du pays d’accueil mettent en œuvre une véritable politique d’intégration fondée sur la pratique de la démocratie représentative et participative, seule à même de panser les plaies d’un tissu social déchiré, pour lutter contre les inégalités, l’exclusion et la marginalisation qui affectent des pans entiers de la jeunesse issue de l’émigration.

 

Au cours de la dernière décennie, l’Algérie a connu des changements politiques et institutionnels qui ont amené l’Etat à se désengager de l’organisation et du soutien au mouvement associatif de la communauté algérienne établie à l’étranger, et particulièrement en France, au profit d’une gestion administrative classique inadaptée à la nouvelle situation.

 

Il aura fallu attendre mai 1995 pour voir les autorités prendre l’initiative d’organiser à Alger des assises de l’émigration qui ont été malheureusement marquées par l’improvisation et les méthodes bureaucratiques. La mise en place d’un Conseil Provisoire de Coordination et de Suivi (CPCS), coupé des réalités de la communauté, a accéléré le processus d’émiettement du mouvement associatif et a conduit inévitablement à un échec patent.

 

La forte mobilisation de la communauté établie en France contre la violence terroriste et pour le rétablissement de la paix, à la faveur notamment des consultations électorales, a permis d’assurer sa représentation directe à l’Assemblée Populaire Nationale (APN) lors des législatives de 1997. En l’absence d’une politique nationale qui tienne compte des préoccupations de notre émigration, cette forme de représentation, éloignée des réalités que vivent nos ressortissants depuis sa mise en œuvre, a démontré toutes ses limites et suscité le rejet de la communauté.

 

Le vide politique et organisationnel de cette dernière décennie met en lumière les erreurs du passé qu’il nous faut impérativement éviter de reproduire pour neutraliser les forces centrifuges qui agissent à l’éclatement et à l’atomisation de notre communauté. Il est indispensable de procéder à une évaluation objective et d’établir un bilan sans complaisance de cette période pour jeter les bases d’un cadre d’organisation représentatif, capable de répondre aux attentes de la communauté et aux intérêts du pays.

 

Aujourd’hui, l’expérience passée doit nous permettre d’emprunter de nouvelles voies aptes à favoriser le rassemblement du mouvement associatif algérien à l’étranger, dans le respect de la pluralité des opinions, pour doter la communauté d’un cadre d’organisation fort, diversifié et démocratique. Pour ce faire, nous réitérons nos propositions pour l’institutionnalisation d’un Conseil National de la communauté résidante à l’étranger.

 

Ce Conseil devra comprendre en son sein les représentants du mouvement associatif dans toute sa diversité, les représentants des organes exécutifs de l’Etat ayant compétence en matière d’émigration ainsi que des membres de la Représentation parlementaire nationale. Le Conseil devra être doté de larges prérogatives en matière d’évaluation, de proposition et de suivi d’une politique nationale à l’égard de la communauté résidente à l’étranger.

 

Dans cette perspective, les associations regroupées au sein de l’UAFE expriment leur disponibilité à participer à toute initiative des autorités de l’Etat visant à créer les conditions du rassemblement de la communauté de manière démocratique et transparente.

 

C’est sur cette base que l’Etat pourra développer une politique nationale à destination de sa communauté installée à l’étranger, particulièrement en France où y réside l’écrasante majorité de ses membres. Les enjeux en sont la défense de ses intérêts matériels et moraux, la préservation de sa personnalité culturelle ainsi que la prévention des problèmes auxquels elle pourrait être confrontée. Une telle démarche donnerait la possibilité à la communauté d’utiliser ses ressources au service du développement économique du pays dans le cadre de la liberté des échanges. C’est à l’Etat de mettre en œuvre les outils aptes à permettre aux potentialités humaines et économiques que recèle notre communauté, de s’exprimer et de participer à l’effort de redressement national.

 

Anniversaire du 1er novembre

A la veille de la célébration du 47e anniversaire du déclenchement de la lutte de libération nationale, l’UAFE tient à rendre un vibrant hommage aux centaines de milliers d’Algériens qui se sont sacrifiés pour libérer l’Algérie du colonialisme. Libéré de la domination étrangère, le peuple algérien entend poursuivre son combat pour la réappropriation de son identité nationale dans toutes ses composantes, exiger la justice, le respect de la dignité humaine, le progrès et la démocratie.

 

L’UAFE appelle la communauté à commémorer cette date historique dans le recueillement et la solidarité avec notre peuple. C’est dans la fidélité à la Révolution de novembre, source inépuisable des valeurs qui fondent sa personnalité nationale, que le peuple algérien puisera les ressources nécessaires à la refondation, la préservation et le renforcement de l’Etat national républicain.

 

Paris, le 20 octobre 2001

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